Les subventions aux énergies fossiles représentent 10 millions de dollars par minute.

Les subventions aux énergies fossiles représentent 10 millions de dollars par minute.

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Les subventions dont bénéficieront les entreprises d’extraction d’énergies fossiles en 2015 vont atteindre 5300 milliards de dollars (4740 milliards d’euros), lit-on dans un récent rapport du FMI.

 

Et si c’était le rapport qu’on attendait pour secouer la COP21, la conférence internationale sur le Climat qui se tiendra à Paris dans six mois ? Dans un rapport intitulé  « How Large Are Global Energy Subsidies? » (« Quelle est l’ampleur des subventions dans l’énergie? ») remis le 18 mai au Fonds monétaire international (FMI), David Coady, Ian Parry, Louis Sears et Baoping Shang estiment que les subventions dont bénéficieront les entreprises d’extraction d’énergies fossiles (charbon, pétrole et gaz) atteindront cette année 5300 milliards de dollars (4740 milliards d’euros), soit 14,5 milliards de dollars par jour ou encore 10 millions de dollars par minute (voir le rapport intégral ci-dessous).

Selon eux, réduire les subventions attribuées à ces énergies réduirait de 20 % les émissions de CO2 sur la planète. « Cette analyse est très importante. Elle brise le mythe que les combustibles fossiles ne sont pas chers en montrant combien leurs coûts réels sont énormes, a réagi Nicholas Stern, économiste et spécialiste du climat à la London School of Economics dans un entretien au Guardian. Il n’y a aucune justification aux énormes subventions attribueés à ces combustibles fossiles, qui faussent les marchés et nuisent aux économies, en particulier dans les pays les plus pauvres ».

Avec 4740 milliards d’euros de subventions cette année, le secteur des énergies fossiles est davantage subventionné que l’ensemble des programmes de santé publique dans tous les pays de la planète.

Subvention à l’énergie après impôt

Comment les auteurs parviennent-ils à ces chiffres impressionnants ? « Notre travail, expliquent-ils, met l’accent sur la notion assez large de subventions à l’énergie après impôt (« post-tax energy subsidies »), qui survient lorsque les prix à la consommation sont inférieurs aux coûts d’approvisionnement, qu’il n’existe pas de taxe sur les dégâts environnementaux, et qu’une taxe additionnelle s’applique à tous les biens de consommation pour augmenter les recettes fiscales. »

De fait, les acteurs des industries fossiles ne participent pas à tous les coûts de la combustion du charbon, du pétrole et du gaz. Des coûts qui comprennent, entre autre, les dommages causés aux populations par la pollution de l’air, ou via les inondations, sécheresses et autres tempêtes qui résultent du changement climatique.

Vitor Gaspar, qui dirige les département des Affaires fiscales au FMI, a expliqué (voir la vidéo de présentation du rapport ci-dessous) que les estimations détaillées dans ce rapport s’appuyaient sur des bases solides et qu’elles donnaient un aperçu des coûts réels générés par combustibles fossiles.

 

Six pétroliers pour une taxe sur le carbone

Ces données seront-elles prises en compte à l’occasion des négociations de la COP21 qui ont repris ce lundi 1er juin à Bonn (Allemagne)  sur la base d’un texte censé être exhaustif puisqu’il regroupe les propositions de chacun des 193 pays membres de l’ONU ? Certains en doutent. Dans une tribune intitulée « Changement climatique : la proposition dont aucun Etat ne veut », publiée vendredi dans Libération, Maxime Combes et Nicolas Haeringer s’étonnent d’un oubli troublant. « Alors que les énergies fossiles représentent 80% des émissions mondiales de gaz à effet de serre, et qu’on ne cesse de forer pour en trouver davantage, aucun Etat, aucune institution internationale, ne propose de limiter la production de charbon, de gaz et de pétrole » écrivent-ils.

Est-ce à dire qu’en matière de taxation des émissions de carbone, le paysage est et restera figé ? Pas sûr. La preuve : six compagnies pétrolières et gazières européennes (BG Group, BP, Eni, Royal Dutch Shell, Statoil et Total) ont lancé lundi un appel à tous les Etats pour instaurer des « mécanismes de tarification du carbone ». « Notre secteur est confronté à une équation complexe: répondre à une demande croissante en énergie qui soit moins émissive en CO2. Nous sommes prêts à jouer notre rôle pour relever ce défi. Nous avons la ferme conviction qu’un prix du carbone permettra de se détourner des options les plus émissives et apportera la visibilité nécessaire pour dynamiser les investissements dans les technologies bas carbone et les ressources les plus pertinentes au rythme adéquat », ont encore écrit les directeurs généraux des six groupes dans leur communiqué commun.

« Il y a cinq ans, on était tous arc-boutés sur notre pré carré, à défendre les énergies fossiles », a souligné le directeur général de Total, Patrick Pouyanné, lors d’une conférence de presse « Nous avons besoin d’un prix du carbone sur la planète+. Nous avons besoin aujourd’hui que les Etats du monde entier mettent en place un tel cadre et nous sommes convaincus que notre participation peut s’avérer précieuse pour définir une approche de la tarification du carbone à la fois pratique et réaliste ». Selon lui, un tel « signal prix » contribuerait à remplacer les centrales électriques au charbon en Europe par des centrales à gaz, deux fois moins émettrices de Co2. Pour équilibrer la compétitivité du charbon et du gaz, il faudrait que la tonne de carbone vaille « une quarantaine de dollars », contre environ 7 euros aujourd’hui, a estimé le dirigeant.

En savoir plus sur http://www.lesechos.fr/01/06/2015/lesechos.fr/021103285286_les-subventions-aux-energies-fossiles-representent-10-millions-de-dollars-par-minute.htm#vWeCzQJhll7BpOJv.99

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